Thérapeute en relations humaines
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Marianne Théodoloz Thérapeute en relations humaines
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En ce matin du quatorzième jour, quelques heures plus tard, reposant seule dans notre lit conjugal, je suis projetée au cœur et au plus profond des entrailles de la douleur face à la perte imminente de l’être aimé. Nous sommes un samedi de carnaval et, juste sous mes fenêtres, de nombreuses cliques s’expriment tapageusement et joyeusement. Je me sens totalement étrangère à ce monde du dehors qui s’impose à moi avec violence. Brutalement coupée de ma force intérieure, je deviens une âme errante, projetée dans un futur sans l’être aimé et dans un présent totalement vide d’amour. Pour éviter de sombrer, la seule issue qui s’offre à moi est la traversée de ce chagrin immense qui, je le sais, me sépare de cette Présence aimante que je rencontre de plus en plus fréquemment dans mon cœur. Mon être entier est submergé par cette détresse qui ne demande qu’à s’exprimer à l’image, ironie du sort, des cliques du carnaval au dehors. Oui, il s’agit bien de lâcher les vannes et d’accueillir les larmes, les spasmes et même les cris de ce cœur déchiré.


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Ce jour de repos dans cette première semaine de deuil me fait cadeau de l’énergie d’un mot nouveau, celui de BEATITUDE. Ce mot, je l’avais bien sûr déjà entendu mais je n’y avais prêté aucune attention. Il faisait partie de ces discours vieillots entendus dans les églises par une âme distraite et attirée ailleurs. La rencontre avec les mots ressemble étrangement à celle que nous avons avec les êtres. Il y a des êtres que nous ne percevons pas, tant nous nous sentons différents et loin d’eux, à tel point que le jour où enfin nous les voyons, nous avons sincèrement l’impression de les rencontrer pour la première fois.

Avec le mot BEATITUDE, j’ai vécu ce que nous pouvons vivre lors d’une rencontre avec un grand sage où tout devient subitement tellement rempli de paix et d’amour qu’il n’y a pas de mots pour en parler. D’ailleurs, en parler serait un sacrilège. J’ai donc rencontré, en ce dimanche de première semaine de deuil, le mot BEATITUDE et j’en garde pour toujours la lumière et la saveur tout au fond de mon cœur. Ce mot m’avait été annoncé, le jour précédent, par cette amie venue me visiter avec quelques branches de pommier ainsi que par trois autres amies qui avaient déposé dans ma boîte aux lettres un présent confectionné avec amour et dans lequel elles avaient mis toute la poésie de leur cœur. L’amie en visite avait su goûter à la paix régnant déjà dans mon logis ce jour-là. Elle n’était pas venue pour me consoler mais pour me rencontrer et nous avions vécu un réel partage dans la profondeur de nos cœurs.

Il n’y a pas d’autre mot que le mot BEATITUDE pour parler de BEATITUDE. C’est un mot qui se vit et qui est à la fois une louange et une prière en soi. Grâce à lui, ce jour de repos aura été un jour béni sur Terre comme au Ciel car je devine qu’il l’aura aussi été pour celui que je sens par moments très présent dans mon cœur.


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Nous pouvons voir dans ce travail intérieur comment facile et difficile, ombre et lumière, se succèdent. Tout chemin de vie est ainsi, nous nous construisons grâce à cette dualité. Savoir accueillir cette dualité est un art délicat car nous vivons sur plusieurs plans et il s’agit aussi progressivement d’unir ces plans en nous. Dans mon cœur de chair, j’ai encore des chagrins à traverser. Dans mon Cœur béni, par contre, je loue et rencontre l’aimé grâce à la présence de cet Amour infini. Mais je reste responsable du chagrin qui est encore dans mon cœur de chair. Chaque fois qu’il se manifestera, j’aurai à m’en occuper comme d’une chose sacrée car cœur de chair et Cœur béni ne font qu’un dans le Cœur Amour. Souvent nous sommes déconcertés par ces alternances et, soit nous n’osons pas sortir de notre chagrin, soit nous cherchons à nous accrocher à notre joie ou notre bonheur. Mais l’essence de la vie est faite de ces alternances qui nous aident à nous rapprocher de celle qui est UNE et qui porte un V majuscule.

C’est un jeu sacré que d’épouser alternativement l’ombre et la lumière pour s’ouvrir à la Lumière. Ainsi est le chemin, celui de l’ouverture et de la réconciliation.


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Dans le travail que j’ai été amenée à faire avec ma fille, j’ai dû, dans mon cœur, après la mise en terre, souvent et pendant longtemps retourner auprès de ce corps devenu enveloppe vide car il était source de chagrin d’une profondeur immense, mais toujours j’en sortais grandie et en paix. Toutes les fois que le chagrin m’y invitait, malgré des résistances parfois tenaces, je suis toujours finalement revenue dans mon coeur, auprès de ce corps, et ceci jusqu’au jour où j’ai pu voir en sortir le corps de lumière. J’avais enfin dit oui à la réalité. Ainsi pouvais-je voir sortir du cocon le papillon.


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Je me souviens alors d’un fameux matin où, au moment des tragiques événements qui boule­versaient la Yougoslavie, je me suis mise à chercher en moi ce qui me rapprochait du président de ce pays, étant profondément convaincue que nous avons toujours une part de responsabilité dans ce qui arrive dans le monde. J’ai commencé à imaginer la soif de pouvoir qui était à l’origine des actes de cet homme. Je sentais aussi, émanant de lui, cette rage de s’accrocher, ce refus de lâcher et de se reconnaître frère parmi les autres quand soudain, j’ai réalisé que je refusais encore, tout au fond de mon être, de donner celle qui avait été ma fille. « La tâche d’une mère est de donner son enfant. » Comme ce chef d’état, je m’accrochais à un pouvoir illusoire. Mon travail, ce matin-là, m’invitait donc clairement à me soumettre à cette belle Loi de la Vie.



                            







  


Extraits livre


Marianne Théodoloz


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